Mécanisme de défense : la Projection



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Définition : (Larousse) Psychologie : fait de situer dans le monde extérieur des pensées, des affects, des désirs, sans les identifier comme tels, et de leur prêter une existence objective. Psychanalyse : Fait pour un sujet de situer dans le monde extérieur, en leur attribuant une existence objective, certains de ses affects, de ses pensées ; localisation dans une autre personne de pulsions, de sentiments impossibles à accepter comme les siens.

Historique et domaine d'apparition de la projection.

C'est en 1894 que Freud introduit ce terme, qu'il utilisera par la suite à plusieurs reprises et en association avec de nombreux concepts et pathologies. Par exemple, en 1915, il explique la phobie par la projection d'une charge libidinale inconsciente sur une représentation substitutive consciente (animal, situation, etc.), focalisant l'angoisse sur un objet externe plus facilement évitable. La projection apparaît principalement comme un mécanisme de défense, se retrouve chez les psychotiques (paranoïaques surtout) et les névrosés, mais tout autant chez les individus dits "normaux": Chez le jeune enfant, qui attribue tout naturellement ses craintes, ses désirs et ses émotions à ses compagnons de jeu, la projection est banale. Cette mentalité se retrouve chez les adultes quand il y a méconnaissance de la réalité, par exemple dans la mythologie, les croyances et superstitions, les illusions motivées par le désir.

Mécanisme de projection

La projection est avant tout une mise en œuvre défensive qui soulage le MOI d'un déplaisir : en expulsant les tendances, les pulsions que le SURMOI du sujet l'interdit de reconnaître comme siens, ce sujet se libère des tensions et se trouve justifié dans ses attitudes et ses comportements découlant de ces pulsions. Ces aspects intérieurs sont transférés sur un objet extérieur, leur enlevant ainsi leurs caractères subjectifs, ce qui permet de libérer le MOI de ces affects intolérables. On retrouve notamment cette caractéristique principale dans un cas exposé par Decourt :
Le père, dont la fille de trois ans doit participer à une promenade à poney, lui demande si elle est montée sur l'un d'eux. L'enfant répond par la négative, expliquant qu'elle en a eu peur. Il renouvelle sa question la semaine suivante, après une deuxième tentative de sa fille. Celle-ci lui répond alors qu'elle n'est pas montée sur les poneys car "les poneys ont peur d'elle".
Ce bref exemple démontre le rôle défensif de la projection qui protège le MOI encore fragile chez cet enfant. Chez l'adulte, même normal, elle est très répandue : telle épouse fidèle, inconsciente de ses désirs d'adultère, accusera son mari de la trahir ou se sentira aimée par un innocent ami. En pathologie mentale, la projection prend une importance particulière, notamment dans les délires hallucinatoires et la paranoïa.

Pathologies associées à la projection.

Dans tous les cas, il s'agit d'une fausse localisation, le sujet situe à l'extérieur ce qui se passe dans son esprit.

En 1896, Freud ajoute à son registre la projection paranoïaque par laquelle le sujet, au cours d'un délire de persécution, projette sur autrui la représentation : comme exemple, sa patiente Frau P. qui se sent persécutée par son voisinage, croyant que celui-ci la hait. Elle projette en fait sur le voisinage les reproches qu'elle peut se faire au sujet de ses jeux sexuels infantiles avec son frère, ravivés par son mariage.

La projection n'est cependant pas l'apanage de la paranoïa, on a vu précédemment ses rapports avec l'origine de phobies, que l'on remarque d'ailleurs aussi chez la fillette dont on a parlé dans le paragraphe précédent : par la suite de son aventure avec les poneys, l'angoisse s'est déplacée pour se fixer sur la peur des loups dont la petite fille craint la visite au moment du coucher.

Le phénomène de projection se retrouve chez la plupart des personnes, sinon toutes ; il n'est donc pas insensé de le rapprocher à un nombre important de pathologies, dont les plus caractéristiques sont tout de même la paranoïa, les phobies et l'hystérie d'angoisse. 

Il est à noter que l'identification projective est un abus chez l'enfant d'utilisation de la projection, qui peut être ressenti comme un retournement sur soi d'un acte fantasmatique d'agression.

Nécessité de la projection

Celle-ci est un mécanisme fondamental du développement de la personnalité de l'enfant, elle est le mouvement inverse, symétrique et surtout complémentaire de l'identification, car s'identifier est aussi identifier, projeter sa propre image sur le modèle. La relation de l'enfant avec ses parents met constamment en œuvre la projection : pour l'enfant, dans l'image qu'il se fait de son père et de sa mère, et pour les parents, dans l'image qu'ils se font par exemple de son statut familial ou de l'avenir qu'ils lui souhaitent.

En outre, la projection apparaît comme un élément essentiel dans la connaissance d'autrui, et dans la protection du MOI fragile de l'enfant.

Le mécanisme de projection peut servir à créer de nombreux liens positifs dans la relation thérapeutique, et possède un fort potentiel à exploiter en vue d'une aide pour le patient. Beaucoup de tests utilisés en psychologie clinique ont pour base la projection, qui est révélatrice du psychisme intérieur de chacun. Ceux-ci peuvent sans doute faire l'objet d'une recherche fondamentale dans l'avenir, ce qui pourrait probablement apporter une aide considérable aux techniques psychanalytiques.