Les Méthodes Projectives



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Les méthodes projectives sont un ensemble de techniques d'étude qui découlent de la "découverte" de la projection. Toute perception met en jeu deux éléments, l'objet perçu et l'objet percevant. Une méthode projective repose sur le principe selon lequel plus l'objet est clair et précis, moins la personne est impliquée dans la perception, et surtout, inversement : plus l'objet présenté est ambigu, plus la personne percevant cet objet devra puiser dans son esprit et ses propres représentations, pour interpréter l'objet, lui donner une signification. Présenter un objet ambigu permet alors, selon ce principe, d'explorer la psyché de la personne percevant.

Principe des méthodes projectives

Par essence, l'être humain tente de trouver un sens, une signification, à tout ce qu'il perçoit, pour de nombreuses raisons adaptatives : rendre le monde cohérent, anticiper des réactions, diminuer la peur qu'inspire l'inconnu ou le non-contrôlé... Lorsqu'un objet perçu est clair et précis, que son fonctionnement est prédictible, que son essence est connue, cet objet présente une signification de lui-même (intrinsèque et directement visible) : le percevant ne fait qu'observer l'objet et accepter ses propriétés, lesquelles lui donnent sa signification, sans que ce percevant n'ait d'effort de conceptualisation à faire.

Lorsque l'objet ne délivre pas immédiatement son sens ou ses propriétés, le percevant fait alors un effort (consciemment ou non) mental pour se représenter cet objet, deviner ses propriétés ou tenter de comprendre ce qu'est cet objet. Dans ce cas, le percevant fait appel à ses propres représentations, antérieures à la présentation de l'objet : il compare par exemple l'objet à des objets qu'il a vu auparavant et qui lui ressemblent, par n'importe quel trait (par la forme, la fonction, le bruit, l'endroit où il se trouve...), ou tente de se mettre à sa place (lorsque l'objet est un être vivant, par exemple une autre personne). C'est donc à partir ce qu'il connait déjà, de ses propres représentations mentales et son fonctionnement psychique et physique propre, qu'un sujet percevant va interpréter l'objet nouveau. Le sujet percevant engage son propre esprit dans la perception, esprit qui agit comme un filtre sur cette perception.

Il est donc possible d'amener un sujet à s'engager au maximum dans un test en lui présentant des stimuli flous ou ambigus. En donnant un sens à une tâche d'encre, à une image incertaine, à un bruit équivoque, l'individu exprime la structure même de sa personnalité. C'est dans ce processus consistant à donner un sens à un stimulus faiblement porteur d'information qu'intervient la projection : l'information donnée par le sujet qui projette ses désirs, tendances, craintes, sentiments, ne tient pas à l'objet, mais bel et bien au sujet percevant lui-même. Il est donc possible de tirer des connaissances du sujet percevant à partir de son interprétation d'un stimulus ambigu.

Exemples et problématiques associées

L'hypothèse sur laquelle repose le TAT, par exemple en est très représentative : dans ce test, on présente des photos de personne dont l'aspect est peu présentateur d'information, dans un cadre qui l'est tout autant. On demande au patient d'interpréter la scène photographiée en essayant de décrire la personne, ce qu'elle fait, ce qu'elle est ou ce qu'elle va devenir... Pour remplir cette tâche, le sujet s'identifie au personnage central de la photographie, et doit projeter en ce personnage ses propres aspects, sa personnalité, pour construire une histoire, passée, présente et future dont la création sera un reflet de sa propre histoire et de lui-même.

Le célèbre test des tâches d'encre (le Test de Rorschach) est également un test projectif, peut-être le plus utilisé, encore de nos jours. Il consiste en la présentation d'une série de planches sur lesquelles sont dessinées des tâches d'encre noire, ou de couleur, n'ayant à priori aucune forme ou aucun sens. On demande pourtant au sujet percevant de leur trouver des significations, en leur demandant "à quoi pourrait ressembler chacun de ses dessins". Les tâches d'encre n'ayant aucune signification propre - si ce n'est le fait qu'elles sont des tâches chaotiques d'encre sur un papier - le sujet percevant doit nécessairement faire appel à ses propres souvenirs, ses propres représentations, sa propre pensée, pour ajouter une signification à chaque dessin. Ce faisant, il dévoile partiellement cette pensée : ce qui l'obnubile, par exemple (un obsédé verra dans les dessins des scènes sexuelles, des femmes...), son état d'esprit (monstres ou scènes agressives, ou au contraire, fleurs ou arbres...), ou encore ses associations d'idées...

Si les méthodes projectives sont l'objet de nombreuses expérimentations et sont en outre très utilisées, il faut bien être conscient que les conclusions que l'on peut en tirer sont très fragiles et ne constituent que des hypothèses de travail : l'interprétation (de l'expérimentateur) des interprétations du sujet percevant reste subjective, bien que de nombreux écrits et études tentent de décrire des invariants dans les interprétations, selon le type de sujet percevant, selon les pathologies, etc... Aussi, les tests projectifs sont par nature des tests exploratoires, et non, par exemple, des tests diagnostiques.