Mécanisme de défense : le Narcissisme



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Définition : (Larousse, Roudinesco) Admiration de soi, attention exclusive portée à soi-même. En psychanalyse, il est l'investissement du sujet sur lui-même, le terme de narcissisme étant employé pour la première fois en 1887 par le psychologue français Binet pour décrire une forme de fétichisme consistant à prendre sa propre personne comme objet sexuel.

Historique et signification

Dans la tradition grecque, le terme narcissisme désigne l’amour d’un individu pour lui-même. C’est jusqu’au XIXe siècle qu’il est utilisé par les sexologues pour signifier une perversion sexuelle, mais en 1909, Isidor Sadger considère le narcissisme comme un stade normal de l’évolution psychosexuelle chez l’être humain.

S’il cherche dans un premier temps l’explication, dans le narcissisme, de l’homosexualité, Freud donne finalement à ce terme la valeur de concept psycho-développemental lorsqu’il le traite comme un phénomène libidinal, occupant alors une place essentielle dans la théorie psychanalytique, pour ce qui concerne le développement sexuel de chacun. Dans un texte intitulé « Pour introduire le narcissisme », il le définit comme l’attitude résultant du report sur le Moi du sujet des investissements libidinaux, mais rajoute que, selon son observation, ceux-ci étaient précédemment portés sur des objets du monde extérieur.

Narcissisme primaire et Narcissisme secondaire

C’est dans cette optique qu’il introduit l’appellation « narcissisme secondaire » pour la définition qu’il évoquait auparavant, et avance alors la possibilité d’un narcissisme primaire, infantile, qui concerne le choix que fait l’enfant de sa personne comme objet d’amour, étape qui précède la pleine capacité à se tourner vers des objets extérieurs. C’est seulement après avoir dirigé sa libido vers ces objets extérieurs qu’un sujet pourra éventuellement « régresser » vers une étape de narcissisme qui sera alors désigné comme secondaire. Ce phénomène s’apparente dès lors à une perversion dans la mesure où il peut absorber la totalité de la vie sexuelle de l’individu. Il entre alors pleinement dans le cadre de la psychopathologie.

Libido du moi (narcissique) et libido d’objet

Opérer un choix d’objet homosexuel, comme le montre l’analyse de Freud, du Président Schreber, ou bien se détourner du monde extérieur dans un repli total sur soi, telles sont les figures cliniques qui incitent Freud à envisager l’existence d’une libido du Moi, inverse de la libido d’objet puisqu’il s’agit d’une seule et même pulsion (si l'on s'en réfère au principe de la conservation d’énergie au sein de l’appareil psychique). Les deux fonctionnent en quelque sorte tel des vases communicants.

Ainsi on pourrait reconnaître dans l’amour passionné le summum de la libido d’objet, ne laissant pas de place à l’amour de soi, et à l’inverse, le narcissisme, poussé à son paroxysme, dénue d’intérêt libidinal tout objet extérieur. La même énergie investit tantôt le Moi, tantôt un objet, chacune de ces attitudes grandissant en appauvrissant l’autre.

Un équilibre serait alors considéré comme normal, un surinvestissement libidinal vers l’objet ou vers le Moi serait de nature beaucoup plus dangereuse pour l’individu et sa psyché. Le « vrai » narcissique se décolle du monde et n’a d’yeux que pour lui-même ; or pour s’aimer soi-même correctement, encore faut-il avoir une représentation suffisante de soi, que l'on ne peut acquérir que par l'intérêt pour autrui et le reflet de soi par eux.

Image de soi et idéaux du Moi

Cette image de soi, on ne peut donc se la représenter qu’à travers le regard des autres, d'autant plus que cette image naît du contact avec autrui. S’aimer revient à tomber amoureux de sa propre image, laquelle se forme selon des identifications successives d’aspects rencontrés à l’extérieur. Le narcissisme non-pathologique est tout à fait normal et même sain.

L’excès du narcissisme serait cependant régulé par le Moi afin d’en éviter les effets néfastes, parfois de façon insolite, en conservant la signification du narcissisme tout en changeant seulement sa direction : les objets extérieurs dans lesquels le narcissique déverserait une part de sa libido seraient sélectionnés selon leur grande ressemblance avec le sujet. C'est ainsi soi-même que l'on aime, en aimant autrui! Puisqu'étant inconscient, le phénomène permet tout à la fois de conserver et réguler la pulsion narcissique tout en sauvegardant la psyché.

Freud pousse le raisonnement plus loin en se demandant si la libido entière peut passer dans l’investissement d’objets extérieurs : est-ce là son destin ?

Le développement du Moi consiste à s’éloigner du narcissisme primaire, tout en engendrant une aspiration intense à recouvrer ce narcissisme, lors duquel l’enfant était lui-même son propre idéal.

Aussi, adulte, le sujet se crée un substitut du narcissisme perdu, que l’on peut nommer de deux manières selon ce à quoi il se rapporte :
  • le Moi-idéal est doté de l’ancienne toute-puissance dont bénéficiait le Moi réel, 
  • l’idéal du Moi est le modèle parfait aux valeurs héritées des instances parentales et de la société en général. 
L’idéalisation d'un objet extérieur fragilise le sujet qui abandonne alors son Moi au profit d’une part du monde extérieur, ou bien introjecte cette part (objet) selon un mode d’identification désigné, de ce fait, comme une identification narcissique.