Angoisses et pulsions



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Dans la conception psychanalytique, l'individu est soumis à deux types d'excitations, certaines discontinues, qui s'apparentent à des stimuli et dont on peut se soustraire par la fuite, et d'autres endogènes, continues : il est impossible de leur fuir, leur satisfaction est la seule possibilité pour qu'elles disparaissent. Ce type d'excitation est appelé pulsion. Les pulsions génèrent des tensions au sein de l'appareil psychique. Si de nombreuses pulsions restent inassouvies, elle peuvent générer un état global d'angoisse.

Théorie des pulsions

Elles prennent leur origine dans le ça, et se caractérisent par :
  • La poussée : c'est l'énergie psychique de la pulsion.
  • La source : elle peut être somatique (par exemple, quand le bébé a faim) ou psychique (l'envie de succion alors même qu'il n'a pas faim), et évolue en fonction des stades de développement.
  • Le but : c'est toujours (directement) la satisfaction, et donc le niveau d'excitation le plus bas, c'est aussi (indirectement) l'action par laquelle on va obtenir satisfaction.
  • L'objet : c'est ce par quoi ou en quoi la pulsion va atteindre son but. L'objet peut être concret et réel, ou interne au sujet (dans le cas des fantasmes). L'objet qui a procuré satisfaction est recherché en priorité, de préférence. Cet objet est investi affectivement, émotionnellement.
Première théorie des pulsions

Globalement, Freud oppose les pulsions sexuelles comme la pulsion orale, qui visent la sauvegarde de l'espèce (elles sont dues au ça), et les pulsions d'auto conservation, comme le besoin de faim, qui visent la survie de l'individu (elles sont dues au Moi). Ces pulsions vont entrer en conflit, que le Moi va s'employer à gérer au mieux.

Dans la théorie psychanalytique, le bébé au début de sa vie ne reconnaît pas sa mère comme étant une entité extérieure, sucer le sein ou son pouce est pour lui une activité auto-érotique de même nature. Lors de cette première étape du développement auto-érotique, le bébé investit son Moi : cela signe, selon Freud, la naissance du Narcissisme primaire (phase narcissique). C'est aussi le premier stade de développement de ce qui deviendra plus tard l'estime de soi.

Si ces deux types de pulsions prennent une grande importance en théorie psychanalytique, Freud se rend compte par la suite qu'elle ne suffisent pas à décrire l'ensemble des comportements, et notamment, lors de phases de deuil et de mélancolie, quand le patient semble perdre son instinct d'auto-conservation, ou en phase dépressive, lorsqu'il semble perdre toute attirance pour la sexualité.

Deuxième théorie des pulsions

Ainsi, dans une période négative, on se rend compte que les mêmes individus retombent souvent dans les mêmes problèmes, phénomène que l'on appelle "compulsion de répétition". Freud en déduit la présence de pulsions négatives, autodestructrices. Il élabore donc une seconde théorie par laquelle il avance l'idée de l'opposition entre les pulsions de mort (Thanatos) qui visent la satisfaction totale et définitive de toutes les pulsions, et les pulsions de vie (Eros, l'ensemble des pulsions de la 1ère théorie des pulsions) dont le but est favorable à l'avancée de la vie.

Destin des pulsions

Lorsque leur décharge n'est pas possible, il y a 4 destins principaux pour les pulsions :
  1. Le refoulement dans le ça, mécanisme de censure coûteux en énergie psychique, et d'autant plus que de l'énergie supplémentaire est nécessaire pour maintenir le refoulé dans l'inconscient. La défense de l'intégrité psychique vise la poussée de la pulsion et empêche son accès à la conscience. Souvent, des manifestations de celui-ci apparaissent plus tard sous la forme de symptômes et troubles. 
  2. Le renversement dans le contraire, c'est cette fois le but de la pulsion qui est visé, en inversant l'objectif ou le mode d'action qui satisfait normalement la pulsion : actif devient passif, par exemple, lorsque le voyeurisme devient exhibitionnisme. 
  3. Le retournement sur la personne propre. Le but reste le même, mais l'objet change. 
  4. La sublimation : souvent concernant les pulsions sexuelles, il y a déplacement de l'objet dans une connotation autre : la pulsion sexuelle donne naissance à un comportement qui ne vise plus la satisfaction sexuelle, mais une autre sorte de satisfaction, généralement de grande valeur pour l'individu ou la société. La sublimation donne naissance aux activités créatrices, artistiques, aux passions pour un hobby, pour son travail, pour des objets, etc… qui sont socialement plus valorisées.
Les pulsions et leur satisfaction constituent le parcours normal du psychisme humain, en lien notamment, avec la sauvegarde de l'individu et de l'espèce, motivation héritée de nos gènes à travers l'évolution. On parle de pathologie lorsqu'un de ces mécanismes est exclusif, prend une part trop importante dans la vie psychique, ou engendre de la souffrance sur une période suffisamment longue.

Ainsi, si des pulsions restent inassouvies et provoquent des conflits ou un mal-être psychique, ce phénomène peut parfaitement être géré par tout un chacun, et faire partie d'une évolution relativement normale de l'individu. Quand de nombreuses pulsions restent inassouvies, le mal-être peut néanmoins perdurer dans le temps et se transformer en véritable angoisse.

Théorie de l'angoisse

Freud va tenter de traiter ce concept d'angoisse au cours de deux périodes se succédant.

Dans une première théorie, l'angoisse naît s'il y a accumulation de pulsions qui ne peuvent être satisfaites, par exemple, de nombreux refoulements, jusqu'à parfois assister à des retours du refoulé (des pulsions refoulées génèrent tant d'énergie et d'intensité de conflit qu'elles finissent par accéder à la conscience sous une forme détournée, par exemple, symptomatique). La quantité d'énergie génère une angoisse dont l'intensité lui est proportionnelle. Si l'angoisse est peu intense, on parlera simplement d'anxiété, de tensions non-libérées. 

Le prototype de l'angoisse est l'absence de la mère : l'un des premiers objets extérieurs investis, source de satisfaction de pulsion, et dont l'absence ne permet donc plus de satisfaction. C'est l'une des premières expérience de frustration, générant par anticipation, de l'angoisse.

Dans les années 20, Freud aménage sa théorie : l'angoisse devient une activité du Moi du sujet qui met en place un signal avertissant d'une accumulation de tensions, avec risque de trop plein. Cet avertissement permettra au Moi de mettre en place des défenses.