Approche du développement : Anna Freud et Renée Spitz



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Anna Freud distingue ses théories de celles de son père en ce sens qu'elle essaye avant tout de les appliquer aux enfants, notamment, aux enfants en bas âge. Selon elle, deux stades caractérisent un développement normal de la très petite enfance, ou un développement pathologique s'ils ne sont pas dépassés correctement. Renée Spitz, par la suite, distinguera dans le développement du nourrisson, 3 stades ou étapes nécessaires.

Les travaux d'Anna Freud

Pendant la guerre, Anna Freud travaille avec des enfants, et observe l'impact de la rupture avec la mère. Elle observe aussi ce phénomène dans des orphelinats, des nurseries, et en tire de très nombreuses descriptions, puis tente d'analyser ces enfants. Elle s'oppose alors à M. Klein, qui suggère que les enfants sont capables de développer un transfert.

Pour l'aider dans ses analyses, elle développe des techniques de jeu, de jouets et surtout de poupées, en pensant que les enfants mettront en scène leurs conflits. De ses travaux, elle conclue que l'Œdipe est plus précoce (deux ou trois ans), et que la technique psychanalytique doit être adaptée pour pouvoir s'appliquer aux enfants. Elle développe donc, en ce sens, des psychanalyses spécifiques pour enfant. Elles conclue également, à partir de ses recherches, que chez l'enfant, des sources d'angoisse viennent de pulsions agressives très tôt, de même que se forment les fantasmes originaires et les mécanismes de défense.

Elle relève 2 positions importantes de la très petite enfance :

Position paranoïde schizoïde, de 0 à 6 mois : l'angoisse est permanente, les mauvaises pulsions envahissent le Moi. Le clivage est dominant comme mécanisme de défense : les enfants ne supportent pas qu'un objet puisse être à la fois bon et mauvais, ils le décomposent donc en deux parties. Cette étape est nommée paranoïde à cause de l'angoisse d'être détruit par l'extérieur, schizoïde car le clivage est le mécanisme le plus utilisé pour se défendre. Avec le développement, l'enfant a de plus en plus peur qu'en sortant d'un objet son caractère mauvais, celui-ci ne revienne. Si les satisfactions sont plus nombreuses que les frustrations, l'enfant pourra accepter la présence de bon et de mauvais dans un même objet. Il dépassera alors ce stade pour accéder au stade suivant :

Position dépressive : la mère est présente, mais pas toujours, c'est une entité extérieure. La peur de sa perte entraîne une haine et une agressivité vis-à-vis de la mère. Mais les pulsions agressives pourraient détruire l'objet d'amour et lui-même, d'où une tristesse et de la culpabilité, ce qui amène à une position dépressive. Si ce stade est dépassé, il conduit à un développement "normal".

Renée Spitz
Ayant connaissance des avancées de la recherche dans le domaine neurologique, Rénée Spitz prend en compte le processus de maturation du système nerveux. Selon elle, l'enfant doit être en bonne forme physique, mais aussi en bonne forme mentale, pour qu'il ait un bon développement. Elle introduit la notion d'organisateur : ces comportements ou phénomène que sont les organisateurs, sont le reflet du passage d'une structure mentale à une autre. 3 organisateurs doivent ainsi être passés par l'enfant pour qu'il ait une personnalité organisée et solide. Ces trois organisateurs apparaissent entre 0 et 2 ans, et leur acquisition est nécessaire à un développement normal :

L'apparition du sourire, à environ 3 mois. Le sourire du nouveau-né est automatique et sans réelle signification pour l'entourage : avant ces 3 mois, le sourire est à un stade indifférencié, il n'y a pas de distinction entre somatique et psychique pour le bébé, pas de distinction non plus entre le Moi et le ça). A partir de trois mois, le bébé est capable de sourire en face d'un visage humain souriant, témoignant ainsi des premières perceptions visuelles, correspondant à une relation avec un objet extérieur. C'est aussi la première ébauche du principe de réalité, et donc de la constitution du Moi.

L'angoisse du huitième mois : le Moi continue de se construire, le bébé se distingue lui-même de l'extérieur, puis différencie les objets extérieurs entre eux. Si quelqu'un d'étranger approche, cela provoque une anxiété, que l'on retrouve lorsque la mère est absente. Le bébé est capable d'avoir des relations d'objet avec différentes personnes. Les mécanismes de défense se mettent en place.

L'apparition du "non" signe la capacité de l'enfant à refuser verbalement. Elle arrive dans le courant de la 2ème année, c'est le signe d'une différenciation totale avec la mère. C'est également l'étape qui donne un premier accès à l'acquisition de la pensée abstraite. De nouveaux mécanismes de défense font leur apparition, les relations sociales s'agrandissent et s'enrichissent.