L'entretien clinique



http://psychanalyse-21.psyblogs.net/2014/01/lentretien-clinique.html
C’est une technique qui n’utilise pas d’outils particuliers (technique d'entretien dite "à mains nues") reposant sur la communication, verbale mais également non-verbale. C’est une méthode très complexe, selon Perron, qui affirme que ce n’est que par sa pratique qu’on l’apprend. Cette méthode exige d'excellentes capacités d'analyse.

Elle vise la compréhension du fonctionnement psychique en se centrant sur le discours, le vécu et la relation. La situation d’entretien clinique est une situation d’interaction (au moins deux personnes). Les personnes sont en situation active puisqu’elles vont construire ensemble cette situation d’entretien. Il est par conséquent important que le patient coopère. Dans le cas inverse, les données que l'on peut tirer du discours et de l'attitude du patient devront être sujettes à une extrême prudence.

L’entretien clinique se centre sur le problème individuel, essayant d’aider le patient à verbaliser ce qui lui pose problème. Il se déroule selon le but du psychologue (diagnostic pour repérer une éventuelle pathologie, évaluation avec d’autres méthodes que l’entretien, écoute du sujet dans le cadre d’une psychothérapie).

Discours orienté ou libre

L’entretien peut être directif, semi-directif ou non-directif, caractéristique dépendant principalement du degré d’implication du psychologue, de son cadre théorique ou de ses habitudes. On peut poser des questions directes ou indirectes. Dans l’entretien directif, le psychologue pose régulièrement des questions, alors que les réponses apportées par le sujet lors de l’entretien semi-directif seront plus libres. Dans l’entretien non-directif, le psychologue amorce seulement le discours, écoute et observe le patient en intervenant le moins possible, de manière à laisser la pensée de celui-ci le plus libre possible. 

Quelque soit le type d’entretien utilisé, le psychologue clinicien va essayer de favoriser la verbalisation pour obtenir des informations sur la problématique du sujet. La manière dont est conduit l’entretien dépend beaucoup de la personne : parfois, certaines personnes sont obligées de venir, mais ne demandent rien (par exemple, entretien sur décision judiciaire) ou ne peuvent s'exprimer normalement (par exemple, les sujets autistes ont du mal à verbaliser). Les caractéristiques individuelles du patient vont par conséquent obliger le clinicien à adapter sa méthode pour que l’entretien devienne possible. Par ailleurs, les caractéristiques de l’entretien peuvent être modifiées selon l’âge de l’interlocuteur.

Présence d'objectifs

Si l’entretien ressemble à une situation de conversation, il en diffère sur plusieurs points, et notamment, sur l'aspect important qu'il s'agit d'une technique professionnelle, qui répond à des objectifs. Il peut donc être nécessaire de définir un cadre à l’entretien (passer un contrat avec le sujet) dans lequel on doit définir les objectifs, puis définir la manière avec laquelle le psychologue va travailler au cours de cet entretien. Généralement, le psychologue évoque sa manière d’interpréter, d’observer, etc, au patient, afin que le travail soit actif des deux cotés. Les objectifs doivent d’ailleurs être les mêmes des deux cotés, au possible.

La relation Patient-Thérapeute

Au cours d’un entretien, la nature de la relation qui s’installe entre le psychologue et le sujet est basée sur la confiance, le respect et l’empathie.

La relation de confiance peut être instaurée en établissant les objectifs, et en expliquant ce que l’on va faire, avec la personne. Le sujet doit être à l’aise, savoir que l’entretien est un moment privilégié, pour qu’il puisse exprimer sa souffrance, ses problèmes et ses différences. Il doit savoir que le psychologue est là pour l’écouter. La mise en confiance s'accompagne d'un code déontologique et du fait que le psychologue est tenu au secret professionnel.

Le respect de la personne qui vient consulter est de rigueur : le psychologue n’est pas là pour juger, il doit respecter le contenu du discours, ce qui peut par ailleurs aider à créer un climat de confiance.

L’empathie, selon la définition qu'en donne Rogers, est la capacité d’un individu à se mettre à la place de l’autre, essayer de comprendre la situation, du point de vue de l’autre. Il faut essayer de comprendre l’attitude, les comportements ou les émotions d’autres personnes. Cette capacité est largement sollicitée dans l’entretien clinique puisqu’il faut comprendre ce qui est dit et le sens que cela a pour le sujet.

Le clinicien est un interlocuteur vivant au cours de l’entretien, il participe à ce qui est dit, est bienveillant et neutre (aucun jugement). Il a forcément un avis, mais le contrôle.

Processus au cours de l'entretien

Certains auteurs, surtout dans le domaine de la psychanalyse, ont décrit des processus psychiques mis en œuvre dans l’entretien, comme par exemple :

L’identification, par laquelle le psychologue s’identifie à la personne qu’il a en face, ou à une personne de l’entourage de celle-ci (exemple : une psychologue s’est identifiée à une femme enceinte dont le patient, son mari, prévoyait de l’abandonner). La projection consiste à attribuer à l’autre des sentiments, émotions, attitudes que l’on refuse en soi-même (cela limite la dynamique de l’entretien). Bien d’autres processus peuvent entrer en jeu, il est donc nécessaire pour le psychologue de maîtriser le cadre théorique qui lui confère le pouvoir de détecter, reconnaître et éventuellement contrer l'effet de processus psychique qui occurrent normalement lors de la situation d'entretien, ou lors de toute situation de conversation, de relation thérapeutique, d'interaction sociale...

Déroulement de l'entretien

Pour qu’un entretien clinique fonctionne, il faut savoir comment on peut aider le sujet à exprimer sa souffrance, il existe pour cela plusieurs techniques. Des stratégies d’interventions facilitent le discours, en fonction de la nature de ces interventions (des questions, du matériel informatif ou à interpréter, de petits et brefs tests).

On peut poser des questions ouvertes (réponses libres) ou fermées (réponses par oui ou par non).  Lune des angoisses courante du jeune psychologue est le silence, qui peut arriver de la part du psychologue autant que de la part du sujet, ce qui ne doit pourtant pas forcément être angoissant : il peut falloir du temps pour réfléchir. Cependant, si le silence perdure, on peut avoir à se servir d'une relance : c’est une stratégie de discours, principalement de paraphrase. Lors d’une relance, on reprend le discours antérieur du sujet en lui demandant de le compléter.

Il y a plusieurs types de relance, on peut essayer de faire reformuler au sujet ce qu’il a lui-même dit auparavant, ou reformuler soi-même ce qui a été dit par le sujet, après une éventuelle interprétation, ou encore tout simplement rappeler ce qui a été dit, puis demander un complément de la part du sujet.

La manière dont on communique a une forte influence sur le déroulement de l’entretien, et il est donc nécessaire de ne pas confondre communication et langage, car on peut très bien parler sans pour autant communiquer. De plus, certains patients peuvent parfois communiquer d’une manière non verbale : gestes, mimiques, rythme et intonation de la voix, et tout ce qui peut accompagner la parole. Il faut y être sensible, puisque tout cela peut apporter des informations sur l’état du sujet. Est-ce qu’il vous regarde, reste-t-il immobile ? Son attitude globale et force détails peuvent donner des indices sur l’état d’esprit, le comportement du sujet à l’entretien.