Les topiques freudiennes



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Lorsqu'il tente de concevoir l'appareil psychique, Sigmund Freud élabore une théorie modulaire selon laquelle l'esprit pourrait se représenter comme une série d'organes imaginaires aux fonctions et caractéristiques distinctes, chacun prenant part à l'activité psychique. C'est ainsi qu'il distingue en premier lieu conscient et inconscient, puis par la suite, opère un renouvellement en caractérisant l'esprit humain grâce aux concepts de Moi, de SurMoi, de ça.

Le grec "Topos" signifiant "géographie", la première topique de Freud tente de représenter les instances de l'appareil psychique comme des lieux différents (mais pas forcément clairement distincts). Alors que l'idée d'un inconscient émergeait depuis quelques dizaines d'années dans la branche de la médecine psychologique, Freud adjoint à celui-ci ainsi qu'à la conscience, une troisième instance qu'il nomme "préconscient". Il espère ainsi décrire l'esprit et son fonctionnement sur la base de ces trois systèmes.

Première topique freudienne

Sa première topique comprend donc les systèmes suivants :

Le conscient : il s'agit du lien avec la réalité et le monde extérieur. en périphérie et au contact de ce monde extérieur (au niveau perceptif, donc), il enregistre les stimuli extérieurs. Les sensations sont en effet directement dans le domaine de la conscience (du moins, tout ce que l'on peut mentionner...). Le conscient concerne également des objets intérieurs (état d'esprit, pensée...). Le conscient se constitue sous la forme de représentations, auxquelles des affects sont liés (pensées, raisonnements, émotions, etc…). Par nature, le conscient va essayer d'éviter les conflits et les tensions : il est géré selon le principe de réalité.

Le préconscient : celui-ci représente l'intermédiaire, plus ou moins accessible à la conscience (par exemple, sensations internes, déjà-vu, prémonitions, mots sur le bout de la langue). Processus secondaires* et principe de réalité* y sont les maîtres, beaucoup de choses du préconscient passent donc dans le conscient.

L'inconscient : c'est la partie la plus archaïque de l'esprit, la plus primitive, dans laquelle se passe l'essentiel de la vie psychique du sujet, et dont un petit morceau seulement accède à la conscience. Là, ce sont les processus primaires* et le principe de plaisir* qui sont à l'honneur, l'énergie est libre, change d'objet, se décharge comme elle le souhaite. Tout ce que l'on a vu, ressenti, s'accumule dans l'inconscient.

* voir rappels sur les processus primaires, secondaires, principes de plaisir et de réalité.

Selon Freud, existe une très forte censure entre l'inconscient et le préconscient, et une autre, moindre, entre le préconscient et le conscient. Si une énergie ne peut pas passer cette censure de l'inconscient vers le conscient/préconscient, on dit qu'elle est alors refoulée dans l'inconscient. Le concept de refoulement prend une part très importante dans la conception psychanalytique.

Dans la pratique psychanalytique, l'objectif de la cure analytique consistera à abroger ces censures, afin que les représentations refoulées puissent accéder au champs de la conscience, déchargeant leur énergie au passage, et réduisant les tensions et conflits éventuellement à l'origine de troubles psychiques.

Freud ne se satisfait cependant pas de cette représentation de l'appareil psychique, notamment lorsqu'il étudie plus avant les mécanismes de censure et résistances. A partir de 1923, Freud propose donc une deuxième topique, non pour remplacer, mais pour compléter la première.

Deuxième topique

Freud ne conçoit plus, cette fois, l'esprit humain en terme d'association de systèmes, mais d'association d'instances, ce qui est plus proche de ce que tout un chacun conçoit sur son appareil psychique. Freud met à cette occasion l'accent sur la possibilité de conflits inter-instances, mais également intra-instances. Sa deuxième topique comprend les instances suivantes :

Le ça : c'est le pôle pulsionnel de l'individu, il correspond à l'inconscient (i-e : il est totalement situé dans l'inconscient). C'est la partie normalement impénétrable de la personnalité et c'est ce que la psychanalyse essaie de mettre à jour. Une partie du ça est innée, on en dispose dès la naissance.

Régis par les processus primaires et le principe de plaisir, il est le réservoir pulsionnel de toute l'énergie psychique. Les processus ne sont pas logiques, il peuvent coexister tout en contradiction, tout est possible, il n'y a pas de notion de bien ou de mal, de temps ou d'espace, de jugement de valeurs, de morales, etc… Le ça est en quelque sorte la matière brute dont est constitué l'esprit, avant qu'il ne se structure : S. Freud indique à ce propos que "à l'origine, tout était ça, le Moi va progressivement se développer".

Le Moi : c'est la personnalité du sujet, le pôle défensif de l'individu, c'est une sorte de médiateur entre le monde extérieur et le ça du sujet. Il essaie de sauvegarder le sujet, son intégrité, son estime de soi... Il assure l'identité et la stabilité du sujet, constitue sa conscience d'être. Presque tout le préconscient est dans le Moi. Il se constitue par l'expérience, et par identification aux autres, c'est ce qui est le plus unifié, homogène et logique. Il essaie de faire en sorte que le bien-être du sujet soit sauvegardé, les mécanismes de défense et leurs processus en font partie. Ainsi, une partie du Moi est de nature inconsciente.

Il assure la gestion des conflits entre instances :
- du point de vue dynamique, il assure la défense de l'intégrité psychique.
- du point de vu économique, il constitue les liaisons entre différentes énergies.

voir Le Moi en psychanalyse

Le SurMoi : issu du ça, il se construit par identification, au cours de l'enfance (dans un premier temps, identification aux parents, puis par la suite, aux références culturelles et sociétales) : il est l'intériorisation des règles de vie. Son rôle est celui d'un juge à l'égard du Moi, il est responsable par exemple du sentiment de culpabilité. Il assure trois fonctions : l'auto-observation, la conscience morale et la censure. Le SurMoi est, selon Freud, l'héritier du complexe d'Oedipe.