Mécanismes de défense : Fixation et régression



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Définitions : (Larousse) Fixation : Persistance d’un attachement à une personne ou à une situation normalement liée au passé et disparue, entraînant des satisfactions narcissiques régressives. Régression : Retour du sujet à un état antérieur de sa vie libidinale par suite de frustrations.
Approche des deux notions

La fixation est, selon S. Freud, un attachement excessif à une personne, un objet ou une représentation inconsciente, donatrice de plaisir, et plus précisément, dans le cas de la fixation d’une tendance, le fait que celle-ci s’attarde à une phase déterminée du développement psycho-sexuel. Par exemple, l’enfant à qui on a donné à téter au delà des limites normales aura du mal à dépasser le stade oral où il s’est complu.

La fixation a classiquement trois déterminations : le stade de développement de la libido, le traumatisme et l’objet. Elle empêche ou retarde le passage d’un stade à un autre, déterminant alors un certain anachronisme dans le développement psychique de l’individu. Les perversions, avatars des pulsions partielles, expriment, selon la théorie freudienne qui les considère comme reflets de fixations, la persistance de schèmes de satisfaction inlassablement répétés.

Si le développement psychique se poursuit généralement, le sujet peut, face à une angoisse ou une frustration, revenir à l’un des stades antérieurs qui lui avait donné satisfaction, on assiste alors à la régression, souvent défini comme un retour à des modes de satisfaction libidinale précédents dans le psychisme le stade de développement réellement atteint. La régression se fait en outre plus volontiers vers un stade qui fut auparavant "fixé".

Concept de fixation

La signification du terme "Fixation" est inséparable de la conception génétique de la libido (l'ensemble de l'espèce se développe selon des stades spécifiques) et de la théorie freudienne de l’inconscient. La fixation se caractérise par le fait que tout être humain, et surtout le névrosé, a été marqué par des expériences infantiles, source de satisfaction, et qu’il demeure attaché dans certains cas à ces modes de satisfaction. Dans ces cas où la libido est « fixée » à certains types d’objets, elle demeure organisée selon la structure caractéristique du stade évolutif lors duquel s’est produite la fixation. La fixation ne porte donc pas seulement sur l’objet libidinal, mais sur toute cette structure de l’activité d’un stade donné.

La fixation au stade anal, par exemple, rendrait ainsi compte de la névrose obsessionnelle et du caractère de l’obsédé. Les névrosés de chaque catégorie investissent généralement leur position libidinale (i-e le stade de développement considéré) d’une manière telle qu’ils sont conduits à s y maintenir sur un mode dépressif, craignant de ne trouver dans la position suivante un substitut satisfaisant.

Quand bien même le développement se serait poursuivi, il arrive toutefois que lors de chocs traumatiques, ou tout simplement lors d’angoisse ou de frustration à un stade donné, le sujet opère un retour en arrière vers un stade précédent qu’il contrôle et qu’il connaît, où il se « fixera ». On comprend bien ici la modalité défensive de la régression.

Régression : Trois aspects

En psychanalyse, le terme de régression désigne un type de mécanisme de défense, et est utilisé dans le cadre de l’interprétation d’une grande variété de symptômes psychopathologiques. Freud évoque notamment la régression de la libido, la régression de l’ego et la régression objectale. Dans « L’interprétation des rêves », il propose un classement distinguant trois formes générales :
  • La régression topique, caractéristique du rêve ou de l’hallucination, qui déplace le fonctionnement de la vie psychique du monde des activités conscientes à un monde imaginaire, et qui soumet en conséquence les représentations psychiques aux lois de l’inconscient.
  • La régression formelle, corrélative de la première qui désigne les modifications de structure des représentations par l’effet de ce déplacement, d’où une perte de la cohérence temporelle et logique.
  • La régression temporelle, ou retour à un mode de fonctionnement psychique plus simple, caractéristique d’un état antérieur du développement psychologique, qui se voit notamment lors de la reprise d’une conduite de succion. C’est généralement cette dernière définition (retombée en enfance) qui est utilisée dans le langage de la psychologie.

Rêve et régression

La notion de régression apparaît dans les écrits freudiens lors de « L’interprétation des rêves ». Elle y est alors présentée comme un mécanisme de défense en rapport avec le refoulement. Tout rêve, selon Freud, fait appel à la régression pour transformer les pensées en images. Toujours selon lui, le rêve a constamment, néanmoins, un pied dans l’actualité, comme en témoignent les rêveries diurnes, et un pied dans l’infantile, sous la forme du désir caché de retour à l’enfance, d'un rétablissement possible d’une étape antérieure.

Exemples

La régression est très souvent un phénomène transitoire, tel était le cas rapporté par Braconnier en 1989 : Un homme risquant de perdre son emploi s’était mis soudainement et passionnément à collectionner des petites voitures, au point d’en délaisser son travail. Inconscient de son attitude infantile pendant quelques temps, il en rit plus tard en se rendant compte de cette étrangeté. Il convient ici de souligner le caractère inconscient, salvateur face à l’angoisse de la perte de l’emploi et aussi transitoire. Dans le domaine de la pathologie, on a vu le cas d’un escroc condamné retournant à un état de nourrisson dans sa cellule, ne buvant que du lait et pleurant comme le ferait…lui-même, avec quelques années de moins.

F. Dolto a relevé le cas pathologique d’un enfant ayant vécu des expériences précoces de privation maternelle : celui-ci était apathique et ne présentait un intérêt que pour diverses collections d’objets identiques dont un seul manquant le plongeait dans une intense panique. Ceux-ci étaient pour lui associés au souvenir d’un plaisir partiel de son corps et de manière fétichiste, quelque chose représentant la relation perdue avec la mère.

La régression est pathologique de par les points de fixation auxquels elle est couplée. On assiste aux même phénomènes délétères (par exemple, désintérêt pour les aspects normaux de la vie, obsessions, réactions puériles, caractère infantile), puisque l’on régresse souvent à un état où l’on s’est fixé antérieurement : ce sont tous les aspects d’un stade que l’on retrouve chez le sujet.

Régression uniquement pathologique ? Un autre point de vue pour la régression.

En biologie, la régression d’un organe , par dégénérescence ou mort cellulaire, constitue dans certains cas une phase de développement normale, les organes atrophiés laissant la place à des organes plus évolués. Il en va de même pour la régression au sens psychanalyste du terme : Comme le souligne Anna Freud, les tendances régressives vers des points de fixation se manifestent dans toutes les réalisations importantes de l’enfant, contribuant ainsi au progrès de ses capacités. Elle explique en outre que cette régression peut être bénéfique si elle est temporaire et réversible.

La régression peut-elle alors être mise au service du processus thérapeutique ? Elle est source de changement dans la vie de l’enfant autant que de l’adulte. C’est toutefois un phénomène inconscient, dépendant non pas de l’analyste mais du sujet. L’objectif du thérapeute ne doit donc pas être, comme beaucoup de déviances en témoignent, d’imposer une régression au sujet, mais plutôt de l’accompagner dans celle-ci lorsque le cas se présente. En font foi de nombreux cas cliniques, ce processus permet à de nombreux patients de vivre des étapes de leur développement que leur vie antérieure n’a pu leur apporter. Balint souligne l’importance de la régression dans le champ thérapeutique : « Cette retrouvaille de confiance et d’espoir constitue l’essentiel pour un nouveau départ vers les mouvements progressifs ».

Rétrogression

Dans d’autres courants de la psychologie, ce terme est utilisé plus librement pour désigner l’émergence de diverses formes de comportement nouveaux, notamment sous l’effet d’une émotion forte ou d’un traumatisme. Selon la proposition de K. Lewin, la modification est alors qualifiée de rétrogression, lorsque ce comportement nouveau est certes caractéristique d’un stade de développement antérieur de l’individu, mais ne peut être considéré comme plus primitif ou moins adapté ( la rétrogression est généralement passagère ) ; elle est qualifiée de régression lorsque le comportement nouveau, qu’il aie ou non été produit dans l’histoire antérieure de l’individu, est l’indice d’une organisation comportementale plus primitive et moins adaptée.