Classification des mécanismes de défense : Vaillant (1993) et les niveaux d'adaptation



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Plusieurs auteurs, parmi lesquels Vaillant (1971, 1976, 1993),proposent une classification des mécanismes de défenses selon des critères d'adaptation à la réalité, catégorisant les défenses à l'âge adulte selon une échelle de maturité, des plus adaptées à la société humaine, jusqu'aux plus délétères pour les relations sociales et la gestion de la réalité.

Cette classification, effectuée grâce au suivi à long terme de patients et sujets sains, concerne à priori seulement les adultes : plusieurs des mécanismes de défense présentés se retrouvent chez l'enfant durant son développement, et leur présence est tout à fait normale. L'adulte sain est celui qui, contrairement à l'enfant, aura dépassé les mécanismes primitifs, et utilisera en majorité les mécanismes de défense matures.

I. Mécanismes de défense pathologique (d'allure psychotique)

Ces mécanismes psychotiques, lorsqu'ils sont prédominants, engendre généralement des pathologies lourdes (ce mécanismes sont très communs dans les psychoses). Leur mode de fonctionnement consiste à nier la réalité et la remodeler fondamentalement afin d'éliminer le besoin de s'en accommoder (de faire avec, comme tout adulte sain). Ainsi, leur caractéristique principale est de distordre l'image de la réalité. Cela dit, on trouve ces défenses dans les rêves, et chez l'enfant, sans pour autant qu'elles soient pathologiques, mais elles ne sont pas ou plus filtrées par la psyché.

Les mécanismes principaux appartenant à cette catégorie sont :
  • Le clivage du Moi : consiste à séparer deux affects, l'un agréable, l'autre insupportable, mais tout deux appartenant pourtant (dans la réalité) au même objet. C'est le prototype du mécanisme de défense d'allure psychotique.
  • La projection délirante : consiste à projeter hors de soi un affect nous appartenant, mais jugé intolérable.
  • La conversion : consiste à transformer un affect intolérable en une manifestation somatique (anciennement, hystérie)
  • Le déni : consiste à nier l'existence d'un affect insupportable
  • La distorsion : consiste à distordre la réalité (par exemple, ne voir qu'une partie de celle-ci, ou la transformer radicalement) de façon à faire correspondre cette réalité au système psychique et à ses besoins.
  • Le narcissisme : consiste à se prêter des traits avantageux, voire exceptionnels, sans considération pour la réalité (d'autrui, notamment)
A ces mécanismes, on peut ajouter des défenses dérivées de ceux-ci : complexe de supériorité et d'infériorité délirants, Résignation apathique, identification délirante, telle qu'on la rencontre dans le syndrome de Stockholm, etc...

II. Mécanismes de défense immatures

Ces mécanismes ont pour but d'affaiblir l'angoisse produite par une situation, un objet (externe ou interne) stressant. On les rencontre souvent chez l'adulte, et lorsqu'ils deviennent prédominants, ils conduisent à négliger certains aspects de la réalité et posent des difficultés sévères d'adaptation, en menant à des comportements socialement indésirables. Ces mécanismes sont communs lors d'épisodes majeurs de dépression, ou dans les troubles de la personnalité.
  • La projection : consiste à projeter hors de soi une représentation ou un affect intolérable, et l'attribuer à quelqu'un ou quelque chose d'autre. Ce mécanisme est le prototype des défenses immatures.
  • L'activisme (acting out) : consiste à produire un comportement directement lié à la pulsion, sans le maîtriser et sans conscience de l'affect qui en est l'origine.
  • L'agression passive : consiste à se montrer hostile à autrui et aux relations sociales classiques, de façon indirecte, par exemple, en procrastinant.
  • La dissociation (ou déni névrotique) : consiste à temporairement modifier sa personnalité pour faire face à un évènement désagréable.
  • La fantaisie (schizoïde) :consiste à se réfugier dans l'imaginaire de sorte à oublier les conflits ou les aspects désagréables de la réalité.
  • L’hypocondrie : consiste en une excessive et anxieuse préoccupation de soi, généralement en rapport avec des maladies.
III. Mécanismes de défense d'allure névrotique

Ces défenses ont pour but d'adapter le sujet à la réalité à court terme en faisant face à un évènement stressant. S'ils peuvent présenter des avantage au premier abord, l'utilisation intensive de ces mécanismes mène régulièrement à des problèmes relationnels, dans le travail et pour l'estime de soi.
  • Le refoulement : consiste à chasser hors de la conscience un affect ou une perception dangereuse ou insupportable. Ce mécanisme est le prototype des mécanismes de défense d'allure psychotique.
  • Le déplacement : consiste à substituer l'objet, le but de la pulsion, par une objet moins menaçant.
  • La formation réactionnelle : consiste à adopter le comportement contraire au désir, à une pulsion dont la satisfaction serait source d'angoisse.
  • L'isolation de l'affect : consiste à séparer l'affect de sa représentation, pour pouvoir traiter de la représentation sans émotion.
A ces mécanismes peuvent s'ajouter diverses défenses dérivées ou similaires telles que l'intellectualisation, la régression, la rationalisation, l'abandon...

IV. Mécanismes de défense matures

Ces mécanismes, bien qu'ayant pour origine des mécanismes immatures, se sont raffinés avec le développement de l'homme de sorte qu'ils l'aident à intégrer les perceptions douloureuses ou les affects désagréables, les transformant pour les adapter à la réalité et optimiser relations sociales et personnelles. L'utilisation restrictive ou abusive peut générer de la souffrance à long terme, mais les comportements découlant de ces mécanismes sont généralement appréciés et socialement désirables. L'adulte sain ajuste l'équilibre de chacun de ses mécanismes de sortes qu'ils lui apportent sentiment de plaisir, de sécurité et de contrôle.
  • La sublimation : consiste à transformer le but d'une pulsion vers une ambition ou un comportement socialement désirable. D'un affect à tendance négative, l'adulte génère un comportement positif pour la gestion de la réalité. La source de conflit mène alors généralement à une activité créatrice et génératrice de plaisir. C'est le prototype des mécanismes de défense mature.
  • L'altruisme : consiste à adopter une attitude positive envers d'autres personnes, alors considérées comme le reflet de soi.
  • L'anticipation : consiste à adopter une attitude réaliste pour prévoir et éviter des situations inconfortable à venir.
  • L'humour : consiste à exprimer des idées et des sentiments généralement dérangeants en cherchant le plaisir d'autrui - qui amène le plaisir pour soi. L'humour a ainsi souvent un "fond de vérité" renseignant sur les sentiments et les angoisse de celui qui fait de l'humour.
  • La mise à l'écart (répression) : consiste à rejeter consciemment hors de la conscience des affects ou représentation douloureuse de façon à faire face à la réalité présente. Cette mise à l'écart n'efface pas le conflit mais permet de gérer correctement le présent tout en permettant de trouver des solutions à venir à ces conflits.
A ces mécanismes peuvent s'ajouter des défenses secondaires dérivée ou similaires à ces défenses mature, telles que la patience, la tolérance, l'acceptation, l'identification, l'introjection.

Cette classification selon l'adaptation à la réalité, donnera naissance dans le DSM-IV, à une catégorisation des mécanismes de défense selon leur fonctionnement.