La mère est-elle une cause de l'autisme de son enfant?



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La thèse selon laquelle la mère, et en fait, les deux parents, pourraient être un des facteurs principaux de l'apparition de l'autisme chez l'enfant fut défendue à partir des années 1960 - 1970 par le célèbre psychologue Bruno Bettelheim. Portée par une médiatisation et la conviction de plusieurs spécialistes, cette idée issue des théories psychanalytiques, est toujours ancrée dans l'imaginaire populaire.

Bettelheim ayant subi les affres des camps de détention allemands en 1938, a tiré parti de cette douloureuse expérience pour observer et décrire les mécanismes psychologiques œuvrant entre les prisonniers et leur victimes. Convaincu de l'importance du milieu dans le développement du Moi et la sauvegarde de son intégrité, il transpose ses idées au développement de l'enfant et à une pathologie peu connue à l'époque, l'autisme. Selon lui, les enfants autistes se retrouvent dans un état mental similaire à celui des prisonniers : dépendants des tortionnaires, jusqu'à leur identité et même leur vie, tout en sentant l'hostilité qui se dégage de ceux-ci.

Cet environnement dans lequel le tortionnaire ne reconnait pas le Moi de l'autre, est particulièrement délétère, en ce sens qu'il détruit la personnalité du prisonnier, le soumettant à une isolation affective et l'angoisse de la mort. Bettelheim construit sa réflexion sur l'idée selon laquelle, même inconsciemment, la mère ne souhaite pas reconnaître l'existence de son enfant. Bien qu'elle puisse se comporter en mère digne et prodiguer les soins nécessaires à l'enfant, celui-ci est capable de ressentir l'hostilité sous-jacente, sa personnalité s'effondre ou se développe très incorrectement.

Aussi, selon Bettelheim, l'autisme est avant tout chose, le résultat de l'interaction mère-enfant, l'autisme est donc acquis avec le développement et les relations maternelles supposées destructrices. L'autisme n'est donc pas une maladie organique, mais une maladie psychogène trouvant ses sources dans la relation avec la mère. Pourtant, dès 1964, Bernard Rimland suggérait l'existence de facteurs génétiques décisifs dans l'étiologie de l'autisme.

Très médiatisé et auteur de nombreuses vulgarisations, Bettelheim est devenu une figure emblématique de la psychanalyse à travers des publications telles que "la Forteresse Vide" et "Psychanalyse des contes de fées". Au plus haut de sa célébrité, de nombreuses radios et chaînes de télévision lui offraient la parole. Pour beaucoup, Bettelheim faisait figure de référence en matière d'autisme en psychanalyse.

Jusqu'à ce que tout s'écroule : de nos jours, on sait que l'autisme a des bases organiques. Il s'agit bel et bien d'une maladie physique, ayant des conséquences psychologiques, et non l'inverse. Plus précisément, il s'agit d'un trouble du développement lié à un développement anormal du cerveau, de son réseau de connexions.

Quelques temps après sa mort, Bettelheim est rapidement devenu une nouvelle figure emblématique, celle de la psychanalyse rigide, qui ne croit qu'en elle, rejette les apports des sciences et formule hypothèses et conclusions sur des bases subjectives, en dehors de tout contrôle - et notamment des pairs, dont une majorité est prête à suivre aveuglément un raisonnement, simplement parce qu'il "colle avec ce que l'on observe", parce qu'il est séduisant, ou parce qu'il est le seul disponible.

A la question de savoir si la mère est responsable de l'autisme, une idée défendue corps et âme par nombre de psychanalystes dans le début de la deuxième moitié du 20ème siècle, la réponse est tout simplement "Non".

La mère n'a que peu de choses, sinon rien à voir avec l'autisme de son enfant - tout autant qu'une mère n'est pas vraiment responsable de la trisomie de son enfant. La responsabilité en incombe fortement aux facteurs génétiques ainsi que d'autres facteurs de risques, environnementaux.

Des milliers de mères d'autistes, déjà affligées par le sort qui était le leur, se sont vues pointées du doigt comme les premières responsables de la maladie de leur enfant, au nom d'une psychanalyse folle dont il est nécessaire de se départir désormais. Cette conception n'a pas encore disparue, elle reste encore dans les mémoires et dans les pratiques en dépit du bon sens et de la rigueur scientifique.

Si vous êtes venus sur cette page pour trouver réponse à une question qui vous angoissait, rassurez-vous, et surtout, partagez le savoir que vous venez d'acquérir avec tout ceux qui envisagent encore la mère comme la cause principale de l'autisme de son enfant.