L'effet Mozart : la musique classique rend-t-elle les enfants plus intelligents?



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Dans la culture populaire, faire écouter de la musique classique, développerait le cerveau et l'esprit de l'enfant, même avant sa naissance : plusieurs films et séries (principalement US) montrent ainsi des mères enceintes, écouteurs sur le ventre, prodiguant les soins musicaux qui feront de son enfant un surdoué.

De la musique classique pour le foetus?

L'augmentation hypothétique de l'intelligence par l'écoute de musique classique a pris le nom d'Effet Mozart lorsqu'Alfred Tomatis, otorhinolaryngologiste et inventeur, utilisa la musique de Mozart comme stimulus dans une série d'expériences dans le but de soigner une variété de pathologies liées à son domaine d'étude. Son travail fut publié dans le livre "Pourquoi Mozart" en 1991. Tomatis pensait que l'écoute de la musique aiderait ses patients ayant des problèmes auditifs, à entraîner leur oreille, ce qui aurait pour effet d'améliorer la régénération naturelle et le développement du cerveau.

En 1993, Rauscher, Shaw, et Ky (1993) étudient cet effet dans le domaine du raisonnement spatial, détectant une amélioration à très court terme : le raisonnement spatial bénéficie en effet pendant 15 minutes environ, de l'écoute de musique classique (par rapport à des instructions verbales, ou du silence), effet mesuré à l'aide de sous-tests provenant de a batterie de QI de Stanford-Binet. Passées les 15 minutes, cependant, aucun étudiant ne montrait plus aucun effet. Quand à la mesure globale du QI, celle-ci ne fut pas mesurée.

Mais l'idée était lancée et disposait d'une base (relativement) scientifique. Il n'en fallait pas plus à Don Campbell pour la populariser dans le livre "The Mozart Effect: Tapping the Power of Music to Heal the Body, Strengthen the Mind, and Unlock the Creative Spirit" (1997), dans lequel il développe la théorie selon laquelle écouter la musique de Mozart (plus spécialement les concertos pour piano) aurait de nombreux effets bénéfiques sur diverses fonctions mentales. Il conseillait alors cette écoute aux enfants dans le but d'améliorer leur développement mental. Campbell publia par la suite un nouveau livre, "L'effet Mozart pour les enfants", accompagnant sa publication par le lancement de nombreux produits, parmi lesquels des musiques qui, selon lui, reproduisaient l'effet Mozart (mais qui, contrairement aux musiques de Mozart, lui permettraient surtout de gagner beaucoup d'argent...), augmentaient l'intelligence, l'apprentissage, la créativité, le repos, etc... Certaines de ces musiques expérimentales seraient même capables d'améliorer la prise en charge de pathologies lourdes telles l'autisme ou le trouble déficitaire de l'attention. Le succès de cette approche atteint un pic lorsqu'un candidat au poste de gouverneur de Géorgie proposa d'intégrer à son budget l'envoi de CD musicaux à tous les enfants de son état.

Le requiem de l'effet Mozart

De nombreuses études sont parues depuis pour dénoncer ou nuancer ces conclusions. Dans plusieurs d'entre elles, des effets à très court-terme sont montrés indépendamment de la nature de la musique : ce n'est pas tant Mozart ou le dernier Lady Gaga qui améliorent les performances cognitives, c'est surtout le fait d'apprécier ce que l'on écoute : des personnes qui n'aiment pas la musique classique ne montrent aucun effet Mozart. Des personnes qui aiment les frissons montrent un effet similaire à l'effet Mozart lors de la lecture d'un extrait d'un roman de Stephen King.

Sous le nom de l'effet Mozart, se cache donc en fait l'effet de la stimulation par quelque chose qui nous plait. Cette stimulation n'est ni plus ni moins qu'une excitation produite lorsque l'on est content ou joyeux, état lors duquel les fonctions cognitives sont généralement plus efficientes -  temporairement seulement. Une méta-analyse menée par Chabris en 1999, montre ainsi que toute augmentation des performances cognitives n'est que faible et ne reflète en rien le quotient intellectuel global ou le raisonnement général, mais ne concerne que des tâches cognitives isolées et peut s'expliquer par des effets neurologiques simples - tout à fait indépendants du type de musique, et même du type de stimulus.

Malgré ces conclusions, l'idée selon laquelle faire écouter Mozart à des enfants, et même au fœtus in utero, continue à faire son chemin. Une étude de Rauscher et al (1998) montrait ainsi que des rats exposés de façon répétée à de la musique complexe in utero, se révélaient plus efficaces dans la résolution de labyrinthes, problème qui concerne les compétences de raisonnement spatial. Cette expérience ne montre toutefois que ce que l'on savait déjà : un environnement riche en stimulus complexe favorise le développement mental, davantage qu'un environnement pauvre, conclusion déjà connue et reconnue depuis 1942 (Tryon).

Concernant spécifiquement les enfants, la conclusion est donc la suivante : pour favoriser son développement mental, la musique de Mozart n'est pas nécessaire. De nombreux stimulus, complexes et variées (touchant tous les sens ! vision, audition, toucher, ...) et de nombreuses interactions de qualités sont favorables à un bon développement. L'auteur d'une musique n'a aucune espèce d'importance.