5 mythes que les médias colportent à propos de la schizophrénie



http://psychanalyse-21.psyblogs.net/2014/09/5-mythes-medias-et-schizophrenie.html
Si l'on devait définir les schizophrènes selon les normes établies par Hollywood, alors la moitié d'entre eux serait composée de serial-killers psychopathes, l'autre moitié de fous autistes ne comprenant rien au monde qui les entourent. Ce n'est pas tant que les films et séries ne parlent pas de ce trouble mental, mais ce que vous y apprenez, dans la majorité des cas, ne sont que des sottises d'une navrante imbécilité.

Et pour vous en convaincre, voici une liste des 5 mythes les plus répandus dans l'imaginaire hollywoodien, qui n'ont que peu ou pas du tout de rapport avec la réalité du quotidien des schizophrènes.

Tout d'abord, il vous faut savoir que la schizophrénie n'est pas à proprement parler rare, elle concerne 1% de la population environ tout au long de leur vie. Pour une tranche d'âge moyenne, elle concerne de 0,3 à 0,7%. Une personne sur 100 à 200 est touchée par la schizophrénie (puisqu'elle est chronique et perdure donc). Mais de nombreux schizophrènes vivent correctement avec leur maladie, il est donc assez probable que vous puissiez et ayez effectivement croisé un schizophrène, sans même le soupçonner de prime abord. Rien à voir avec l'image désastreuse du schizotueur en pleine crise de délire psychotique, véhiculée par les médias!

1. La double personnalité

L'un des plus grand mythes de la société psychiatrique américaine, reflété et augmenté par les télés et grands écran US : deux, voire 10 personnalités distinctes dans le même système mental ; un patient jonglerait avec ses personnalités au gré du vent ou de l'environnement, passant d'un paisible fermier à une hystérique bête tueuse, d'une ménagère toquée à un inquiétant bonhomme à la voix d'outre-tombe. Les schizophrènes à double ou multiple personnalités seraient en fait de multiples personnes se partageant le même cerveau. Curieuse idée qui tire son origine des hallucinations auditives auxquels peuvent avoir affaire certains (et même pas tous!) schizophrènes. Cela dit, de voix entendues à une complète personnalité parasite, il y'a quand même un sacré pont à franchir!

Les voix internes (ou parfois externes) qu'entendent les schizophrènes ne sont pas si différentes des voix intérieures autocritiques que nous avons tous en nous. Excepté le fait, bien sûr, que les schizophrènes les "entendent" réellement : leurs centres cérébraux auditifs sont tout à fait actifs lorsque les hallucinations auditives ont lieu, il s'agit en fait d'hallucinations plus élaborées, du point de vue cérébral, que les perceptions internes que tout un chacun peut avoir.

Mais les médias hollywoodiens raffolent de ces personnalités qui prennent complètement le dessus de la personnalité normale et changent le patient du tout au tout, lui conférant de nouvelles pensées et quasiment un nouveau visage, parfois même, de nouvelles capacités!

La vérité, c'est que les voix entendues par les schizophrènes ressemblent davantage à d'énervants bourdonnements dans les oreilles : ils sont là, ils sont ennuyeux et l'on aimerait s'en débarrasser, mais on peut tout de même tenter de n'y prêter que peu d'attention et surtout, jamais une voix ne va décider de ce que doit faire le schizophrène, lequel est toujours relativement conscient et maître de son comportement - bien que celui-ci puisse être altéré du fait d'une vision déformée par la voix, de l'environnement. Elles peuvent gêner dans une discussion, occasionner quelques troubles dans le comportement au quotidien, mais en aucun cas, elles ne vont oblitérer l'ancienne personnalité pour en assoir une totalement nouvelle. Non, ni les supposées personnalités, ni les voix, ne prennent jamais complètement le contrôle du schizophrène.

2. Les voix poussent les schizophrènes à des actes atroces

Le cas de schizophrènes violents est rare, extrêmement rare, en fait : la prévalence de personnalité violente chez les schizophrènes se trouve même être inférieure à la moyenne de la population "normale" : votre épicier "normal" a plus de chances de vous charger avec un couteau que votre paisible voisin schizophrène. Il n'en va pas de même dans les films : pour les besoins du scénario, il est beaucoup plus avantageux que les schizophrènes entendent des voix qui les appellent à brandir un ak-47 au sommet d'un clocher, plutôt qu'à jouer un sale tour au linge pendu dans le jardin de la voisine. Question de principe : des tueurs sont plus vendeurs. Et quand en plus ils semblent normaux et d'un instant à l'autre, se changent en bêtes féroces et sanguinaires, c'est un plus.

Ce qui n'aide pas, c'est que le truc du "une voix m'a dit de le faire, je n'étais pas moi même", est une défense somptueuse pour un avocat. Aussi, les associations entre schizophrénie et délire destructeur sont largement diffusés dans la presse, en plus du cinéma, et ce d'autant que des crimes marginaux font vendre plus de journaux que des incidents domestiques : la presse aura davantage tendance a commenter un crime à l'allure délirante qu'un crime on ne peut plus basique et pourtant tout aussi grave.

On a donc tendance à croire que les voix poussent les schizophrènes à réaliser des actes terribles et odieux contre leurs congénères. Il arrive effectivement que les voix internes suggèrent des passages à l'acte plutôt curieux, voire barbares, mais premièrement, c'est loin d'être toujours le cas - c'est plutôt rare -, et deuxièmement, ce n'est pas parce qu'une voix le suggère que le schizophrène va l'écouter sans broncher et lui obéir aveuglément (c'est encore plus rare). 

En fait, cela aura plutôt tendance à amener le schizophrène à prendre peur, à consulter, et éventuellement se replier sur lui-même. Dans la plupart des cas, les schizophrènes détestent leurs hallucinations internes, qu'ils considèrent bien entendu envahissantes, intrusives et irritantes - un peu comme votre belle-mère. Et ces schizophrènes ont la même réaction que s'ils avaient affaire à votre belle-mère : il lui dise de la fermer et de les laisser tranquille. Malheureusement, on se débarrasse moins facilement d'une voix intérieure que d'un pèlerin qui nous ennuie. Alors souvent, les schizophrènes, tombent en dépression, se désociabilisent (sans pour autant devenir dangereux), beaucoup terminent dans la rue en tant que sans-abris, ou en prison suite à un comportement pas forcément dangereux mais anormal, la justice française ayant tendance à préférer la prison plutôt que les centre de soins adaptés.

3. Le schizo se repère au premier coup d'oeil

Comme on l'a dit précédemment, la population de schizophrènes est relativement élevée : en France, il y'en a environ 600 000. Cela signifie qu'il est fort probable que vous en connaissiez, probablement sans le savoir et sans même avoir une chance de les confondre : de nombreux schizophrènes vivent correctement leur maladie et évoluent normalement au possible au sein de la société. L'un des rares films à avoir décrit de façon plus proche de la réalité, le quotidien des schizophrènes, est certainement le courageux "Un homme d'exception", qui peint la vie du célèbre schizophrène et néanmoins mathématicien de génie, John Nash. Voilà un homme qui, en dépit d'un trouble mental reconnu relativement tôt, a parfaitement su sortir diplômé d'une des plus prestigieuses universités américaines, a pu révolutionner le monde des mathématiques économiques, s'est marié, a donné des cours universitaires, travaillé sur de grands projets, et s'est fait de nombreux amis. Sérieusement, quantité de personnes "normales" n'en sont pas même pas capables.

En fait, en dehors de signes particuliers que certains experts peuvent repérer, tels que la difficulté à maintenir un croisement de regard, quelques signes de panique évident en milieu public, de nombreux autres signes peuvent passer pour spontanément normaux ou juste un tantinet excentriques : les allures d’émoussement socio-affectifs, des bizarreries langagières, quelques comportements lunatiques ou l'impression que votre interlocuteur s'est plongé un instant dans son monde... Tout cela peut passer complètement inaperçu et relever de la normalité aussi bien que de la pathologie. De fait, même de nombreux médecins, s'ils n'assistent pas aux épisodes psychotiques, s'y laissent prendre pendant plusieurs années avant qu'un spécialiste ne repère les signes évident d'une schizophrénie sous-jacente.

4. La médication lourde est aussi mauvaise que la maladie

De fait, il arrive que les effets secondaires des médicaments psychotropes prescrits en cas de schizophrénie entraînent des comportements tout aussi désappointants que le trouble lui-même : sautes d'humeur, stéréotypies, repli sur soi : ces signes de schizophrénie sont parfois le signe, non du trouble, mais de la médication qui en découle. Aussi, si d'aventure vous repérez un schizophrène, ne croyez pas tout de suite qu'il est dans un épisode délirant si vous le voyez se parler à lui même sans faire le moins du monde attention  ce qui se passe autour. Cet homme n'a peu être pas besoin d'aide médicamenteuse, car il en a peut-être déjà trop.

Il est très facile de tomber dans la sur-médication, et plus spécialement en France, où l'on consomme à tors et à travers de petites pilules pour tout et n'importe quoi, et parfois même de lourdes substances simplement dans le but de flatter notre égo (médication pour pseudo-régime, somnifères de cheval....) ou de faciliter notre existence quotidienne sans prendre la peine d'un effort physique ou mental, qui, lui, serait trèèèèès perturbant pour un français moyen, et ne saurait remplacer ce que nos pilules miracles font très bien. Malheureusement, tous les médicaments, et encore plus les médicaments psychotropes, peuvent avoir de nombreux et sévères effets secondaires, ces derniers, surtout sur l'humeur, les relations et la sociabilité.

En fait, de nombreux psychotropes sont prescrits avec des compléments médicamenteux, ce qui illustre parfaitement le cercle médical particulièrement vicieux : les effets secondaires des médicaments traitant la schizophrénie peuvent obliger à prendre des médicaments qui traitent ces effets secondaires, mais qui ont aussi eux-même, leurs effets secondaires, qui peuvent être traités par d'autres médicaments...et ainsi de suite. Voyez comme il est facile de se réveiller le matin, sachant qu'avant le petit dej, il vous faudra avaler 10 ou 20 prescriptions différentes pour paraitre un peu plus normal. Cette médication intensive n'est par ailleurs pas l'apanage des schizophrènes, puisque de nombreuses pathologies lourdes entraînent des complications physiques (souvent isolées vers le bas du ventre), par exemple, ou des dépressions et autres troubles de l'humeur.

En plus de cela, il ne faut tout de même pas perdre de vue que la plupart des antipsychotiques créent une dépendance qui peut empirer gravement les états intermédiaires lors desquels, pour une raison ou pour une autre, un schizophrène arrête de prendre ses médicaments. Dans ce dernier cas, c'est là que les choses se corsent franchement : état de manque, retour des hallucinations et des délires psychotiques. Le gros lot en quelques heures, le retour de la revanche de la maladie (qui de toute façon, n'est que traitable, pas soignable) agrémenté en sus des effets délétères dont le tonnage conséquent de médicaments pris quotidiennement, affecte votre organisme.

Alors oui, la médication est lourde, mais tous les médicaments ne sont pas nécessaires et certains effets secondaires sont de toute façon plus supportables que l'évolution du trouble sans médication. Il n'y a aucun doute à avoir, et un juste milieu à viser : traiter la schizophrénie pour éviter notamment, les fameux épisodes psychotiques, la désociabilisation, etc... semble indispensable. Il ne tient après qu'au schizophrène de tomber dans la sur-médication pour paraître le plus normal possible - un peu comme ces vieilles peaux qui usent et abusent d'onguents de jeunesse et de réfections chirurgicales, et qui finalement ne ressemblent à rien de normal, parfois rien d'humain - au risque d'en subir les effets, ou de prôner le discernement et d'envisager des solutions le moins possible, chimiques, à des problèmes pouvant être résolus par d'autres moyens, ou simplement, supportés avec un peu de bonne volonté. Conseil qui là encore, ne s'applique pas seulement aux schizophrènes.

5. En parler à tout votre entourage est important pour mieux vivre la maladie

Comme on dit, la famille, les amis, les connaissances... L'homme est un animal social, il n'en faudrait pas plus pour conclure que des troubles tels que la schizophrénie puissent être vécus de meilleure façon si tout le monde était au courant. Et pourtant, ce n'est pas un hasard si justement, peu de gens connaissent les schizophrènes qu'ils côtoient. Pour quelles raisons? Voyez les 4 paragraphes si dessus : la majorité des gens "normaux" (dont une fraction quasi équivalente à 1, ne sont pas si normaux que ça) ne connait de la schizophrénie que les idées véhiculées par les films et les actes affreux dont la presse se délecte.

Faire face à la schizophrénie en famille, pourquoi pas. Avec des amis, un peu moins, car tous ne vous aiment pas forcément au point de rompre leur préjugés. Quant aux connaissances... Méditez l'histoire que nous conte Amanda Davenport, maman schizophrène mariée et semble-t-il, heureuse, lorsqu'elle décrit les réactions d'un groupe communautaire : 

L'histoire se passe lorsqu'Amanda, nouvellement enceinte, se préoccupe de son traitement antipsychotique et des effets que celui-ci pourrait avoir sur son enfant, et décide de surfer sur un forum de futures mères tout ce qu'il y'a de plus rose et chaleureux. Lorsqu'elle expliqua son trouble et demanda conseils et recommandations, une levée de boucliers s'opéra pour s'insurger de cette monstruosité : une schizophrène volontairement enceinte. Terrible erreur. Tandis que certaines n'y allaient pas à demi-mot pour affirmer l'irresponsabilité de la future maman, d'autres plaignaient le futur môme dont elles s'imaginaient qu'il hériterait inévitablement des gènes défaillants. Quand des femmes étaient convaincues qu'Amanda ne saurait élever un enfant tout en étant schizophrène, d'autres (de jeunes mères, rappelons-le), suggérèrent tout simplement la stérilisation comme solution à ce type de problème.

C'est un fait : avoir le soutien des proches, des amis, de tout un chacun, a toujours été, de tout temps, un grand plus pour vivre une situation difficile. D'ailleurs, dans d'autres cultures, les schizophrènes étaient par le passé, tout à fait bien considérés. Las! Dans notre société occidentale d'aujourd'hui, cultivée à n'en pas douter, ces amis et connaissances, et parfois même la famille proche, vivent sur des préjugés quasi-inscrits dans leur gène, et le quidam moyen n'a jamais été aussi sûr de lui pour n'importe quoi, qu'à notre époque ou la critique - et l’auto-critique - sembleraient pourtant aller de soi. Beaucoup de gens, en ce qui concerne la schizophrénie, sont tout simplement ignares. Et là encore, de tout temps, ce que l'on ne connait pas fait peur. Mieux vaut se montrer prudent, commencer par en parler de façon générale et expliquer, avant de se montrer tel que l'on est.